L’écriture efficace, ce piège

Il y a quelques semaines, un ami m’a envoyé quelques commentaires à propos de mon dernier livre, Terminus Budapest. « L’écriture est redoutablement efficace« , écrit-il, voulant certainement m’être agréable. En l’occurrence, il m’a surtout aidé à me remettre en question. Cette fameuse « écriture efficace », je la connais, ou j’en connais en tout cas une des formes les plus répandues. Il s’agit de cette écriture journalistique, enseignée par mes maîtres et à laquelle j’ai, à mon tour, essayé d’initier des étudiants, en France, en Roumanie, en Bulgarie… « Ne faites pas de littérature« . « Faites des phrases courtes : sujet, verbe, complément« . « Vous n’écrivez pas pour vous faire plaisir, vous écrivez pour votre lecteur« . « Une idée, un paragraphe« , « Si vous écrivez, c’est pour être lu« …

Je ne vais pas reprendre ici le détail de ces techniques. Elles ont fait et elles font encore leurs preuves tous les jours pour qui veut bien les respecter. Mais on ne lit pas un roman comme on lit un journal. J’ai certainement eu tort de l’oublier. Mon dernier roman se lit – il se lit même bien si j’en crois les avis de plusieurs lecteurs – mais il gagnerait à être plus riche en couleurs, en pas de côté, en hésitations, en chemins tortueux, en plongées vers d’obscures profondeurs, qui entraineraient certainement le lecteur plus loin. D’une certaine façon j’ai hésité à laisser courir ma plume. Une petite voix intérieure me soufflait « écriture efficace » et me freinait dans mon élan. Je me suis ainsi enfermé dans cette forme d’écriture pratiquée et enseignée pendant des années. Je vais devoir y remédier.

Bien des journalistes sont parfaitement capables de faire la part des choses entre les articles qu’ils doivent rédiger et les manuscrits de leurs romans. Je pense à Robert Solé, par exemple, revu à Lille avant le confinement (vous avez remarqué comme « l’avant et l’après confinement » est en passe de remplacer « l’avant et l’après-guerre » ?). Mais on pourrait aussi parler de Lucien Bodard, de Sorj Chalandon, de tant d’autres.

Bref, il me faut travailler encore et c’est une belle perspective.

Auteur : Marc Capelle

J'ai connu le typomètre, le téléphone en bakélite, les trains couchettes et les Antonov 24. Parfois, j'écris des livres.

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